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Par Jean-Marc Brière (Labrax76 sur le forum)

Début Janvier, 2°, le jour se lève sur un ciel plombé, pas un souffle de vent, nous sommes en Seine-Maritime au bord d'une ballastière de 85hectares, avec pour seule ambition, piquer un gros bec.

Jeannot est venu me chercher à la maison vers 6h00 le visage encore tout chiffonné par une nuit trop courte, le travail en équipe 3×8 est vraiment une saleté, je lui offre un café qu'il avale d'un trait, lui propose un bout de pain qu'il refuse, et nous voilà en route, il possède une camionnette bien aménagée avec tout ce qu'il faut dedans pour soutenir un siège, des duvets un camping gaz, des conserves, etc .., il a gardé ses habitudes d'ancien carpiste qui passait des nuits entières au bord de l'eau à attendre une touche.
45 minutes de route plus tard, nous voici à pied d'œuvre, nous commençons par «sentir l'eau» le nez en l'air comme deux teckels, Jeannot me regarde et m'indique la berge opposée qu'il connaît bien, avec un air entendu il me dit : ils sont là bas, près des squelettes.
Les squelettes sont les deux arbres tombés dans l'eau il y a quelques années et jamais enlevés
(On se demande vraiment pourquoi).
C'est partit, montage du matériel et à l'attaque ! Jeannot commence à peigner les alentours du premier « squelette » avec une Mepps Giant-Killer de 30 grs, le fond est à 4 mètres pas loin de la bordure, il a décidé de les chercher tout en bas de la couche d'eau, il a certainement raison, voilà deux semaines que la température ne décolle pas beaucoup du zéro, l'eau s'est considérablement refroidie, les poissons se sont engourdis, et la blanchaille ne quitte pas les grands fonds ou la température de l'eau reste la moins froide.
De mon côté, pêcheur de sandres acharné, je décide de sortir de la camionnette un sac plastique contenant une douzaine de gardons que j'avais congelés pour les jours de disette comme celui-ci, je sors une monture taille XL pour armer mon poisson qui doit approcher les 40grs, une balle de 10 grs pincée devant le nez, une crinelle d'acier 19 brins pour la souplesse,
le tout fixé sur mon 28/100, et voilà le montage prêt à fonctionner.
Premier lancer, je compte 1...2...3...4...5... toc, le fond est là, j'attends quelques secondes, première tirée ample et douce afin de faire planer mon poisson, et encore une pause.
A la différence de la pêche du sandre ou les saccades du poignet sont courtes et sèches entrecoupées de pauses plus ou moins longues l'animation pour ESOX doit être plus ample et douce.
Le risque est grand de s'accrocher dans les branches qui fusent sous l'eau de tous les côtés de cet arbre mort, mais le jeu en vaut certainement la chandelle, « ça sent le mucus, j'te dis que ça sent le mucus » me souffle Jeannot en passant derrière moi pour rejoindre le second squelette, au même moment, un choc lourd sur la ligne, ça y est je suis dans les branches, ça commence mal, et non ça bouge !!!! d'instinct je relève le pick-up pince le fil entre deux doigts et tire doucement en effet ça bouge, je fais un tour de moulinet, je tends la ligne doucement, ...............et je ferre sec, ..........et là le festival commence, ça démarre d'un coup comme si j'avais accroché une locomotive en pêchant sur un pont de la SNCF, la bobine s'emballe, le frein siffle, le carbone se cintre, et moi je commence à me demander ce que j'ai ferré, Jeannot s'est approché, attiré par le bruit du frein, il suggère : déplaces toi sur la droite sinon il va te coller dans l'arbre, il a raison le Jeannot, je baisse ma canne à droite pour incurver la fuite du poisson loin des branches , mais celui-ci prend la poudre d'escampette vers le large, tout droit, sans ralentir, sans mollir, sans coup de tête, d'un élan continu, pas du tout comme un broc, le Jeannot commence à se payer ma tête : « t'as piqué un cheval ????? »
Pas moyen de lutter, je sens que si je durcis le frein je vais à la catastrophe tellement ça tire,
Et d'un coup je lance à Jeannot, « j'ai du piquer une mémère carpe par le dos, c'est pas possible autrement », le 28/100 est tendu comme un arc et ça file toujours !, rien à faire il va falloir que quelque chose casse. Finalement, au bout de quelques instants, je décide d'arrêter là cette fuite en avant et je saisis la bobine dans ma main gauche, et redresse ma canne à la verticale et là, ........plus rien, je récupère au moins 80 mètres de fil et enfin j'arrive au bout de la ligne, et là je vois apparaître ma monture dont une branche d'un triple est à l'équerre, et dont une autre branche est garnie d'une magnifique écaille jaune bien plus grosse que l'ongle de mon pouce, une carpe cuir ! c'était une carpe cuir, au vu de l'écaille elle devait faire son poids difficile à évaluer, mais Jeannot « qui s'y connaît » me certifie que la scalimétrie nous dira tout à la maison ce soir avec une loupe, je souris, je m'en fiche de son âge , ce qui me fait plaisir c'est de savoir qu'elle est partie sans un triple piqué sur le dos.
Après une boite de choucroute avalée brûlante à l'arrière de la camionnette, nous prendrons ce jour là 2 brochets chacun, pas bien gros, mais tous maillés entre 70 et 85 cm, entre 13h et 14h30 comme d'habitude ils se sont mis à table tous ensemble à la même heure, il faudra un jour que je sache pourquoi ils se décident toujours à manger dans un laps de temps assez court et cessent également d'un coup.
Une belle journée au bord de l'eau, un souvenir qui reste ancré dans ma mémoire, car ce fut la dernière partie de pêche de Jeannot, qui fut hospitalisé un mois plus tard et s'éteignit en quelques semaines mangé de l'intérieur par le crabe.
Tu vois Jeannot je pense encore à toi.

Retrouvez et réagissez à cette histoire sur le forum en suivant ce lien : http://www.pecheaubar.com/punbb/viewtopic.php?id=26903&p=1

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