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  Un marlin étonnant !

Par Timothée Guillois

espadon voilier
Destination : Costa Rica (Amérique centrale), près de la frontière Panama

Période: dernière semaine de décembre 2004.

Club de pêche: Golfe Dulce
Organisateur du voyage : Richard Dupont
(Contact en France : Tel. 02 37 41 60 29 - Fax. 02 37 41 60 32)
E-Mail : costarica.peche.sportive@wanadoo.fr

Responsable du club de pêche : Julien Dérozier
Responsable Logistique : Martine Dérozier

Le matériel utilisé pour ce type de pêche:

- Cannes Shakespeare et Penn
- Moulinet Shimano Tiagra 50 et Penn
- Nylon 50 lb et 30 lb DPSG
- Hameçon simple DPSG
- Jupe plastique Pierre Seyler
- Bas de ligne : fait à Golfito
- Mulet mort de 12 cm
- Agraffe emerillon Sampo (DPSG)
- Baudrier : Play Action.

Bateau et accessoires à bord :

-1 coque open de 25 pieds
- équipés de deux moteurs hors-bord 115CV Yamaha 4 temps
- sondeur Lowrance et VHF
- deux grandes plages avant et arrière pour la pêche au lancer, vivier, nombreux porte-cannes, abri contre le soleil.

Un Marlin étonnant

Il est 5 heures moins dix, le réveil sonne. C’est le quatrième jour de pêche de notre voyage au Costa Rica. Aujourd’hui nous allons en pêche hauturière ! C’est peut-être le jour J ? C’est notre deuxième jour de pêche hauturière, le premier n’ayant pas été très concluant : quelques daurades coryphènes mais nous n’avons pas vu d’espadon voilier, enfin si, une touche dès le début de la pêche mais nous n’avons pas pu voir le poisson…

La pêche au gros comme on dit ! On connaît la chanson… « Ah bah mon cher Monsieur, si vous étiez venu la semaine dernière vous auriez vu : les poissons étaient comme fous, ils n’arrêtaient pas de mordre, c’était incroyable ! » Ou encore : « Le lendemain de votre départ…. » On en a assez entendu et c’est vrai que c’est lassant à la fin : il faut se l’avouer : on ne sera jamais là au bon moment !

Avec ma fièvre et mon mal de crâne la journée commence bien. Enfin bon, ne soyons pas superstitieux et peut-être qu’une équipe de « bras cassés comme nous » avons tout de même nos chances aujourd’hui !

Julien Dérozier notre cher guide avait lui des douleurs terribles au dos la veille, seul mon père (Vincent) à l’air en forme.

coryphèneVous connaissez donc l’équipage ; n’oublions pas Henry le Marin, un jeune Costaricien sympas que Julien est en train de former. Le petit déjeuner avalé : café, riz et haricots (une nourriture bien calante pour le grand large) nous embarquons dans le bateau : une coque open parfaitement équipée pour la pêche que nous allons pratiquer : sondeur GPS Lowrance, deux moteurs Yamaha 115 CV 4 temps, des portes cannes partout. Nous disposons de 5 cannes pour cette pêche (cannes de traîne avec moulinet à tambour tournant). J’ai aussi pris ma Beastmaster, mon Stella, et ma tresse Fireline 32 centièmes afin d’éventuellement jouer avec un petit espadon voilier qui se ferait prendre au vif…

Il fait beau et chaud, la mer est à 29 degrés, nous voilà partis à vive allure vers le spot à sardines afin de récolter éventuellement quelques vifs destinés à la canne à lancer (au cas ou). Après une demi-heure de pêche, nous déclarons forfait et remettons la gomme pour aller vers les spots du large situés à environ 40 milles du club : au diable ! Heureusement que le bateau vole à 25 nœuds en vitesse de croisière…

Henry et Julien montent les cannes, Vincent et moi préparons la canne à lancer.
Nous sommes enfin en action de pêche. Les poissons recherchés sont les espadons voiliers, les marlins et éventuellement les daurades coryphènes. C’est en effet la meilleure époque de pêche pour ces dernières. Il est 7 heures 30. Julien nous explique qu’il faut être extrêmement vigilant et regarder la surface et l’horizon hyper attentivement.

Lui se charge de regarder les lignes à l’arrière, et nous, nous guettons vers l’avant : un éventuel saut de voilier ou une voile et nous multiplierons alors par 5 nos chances de réussite. En effet, dans cette mer vide et profonde (entre 500 et 1000 mètres de fond), le moindre bout de bois, cageot, bouée ou encore ligne flottante peut attirer les poissons fourrages et donc les prédateurs. Les oiseaux jouent un rôle majeur, et plus particulièrement la frégate qui annonce normalement les poissons à rostre. Enfin, un poisson peut se faire repérer de très loin par un saut ou tout simplement grâce à sa voile.

Il faut donc être très attentif. C’est finalement une forme de chasse au gros gibier ! Julien nous montre tout son professionnalisme en nous expliquant ces milles choses.

A l’avant nous scrutons l’horizon avec l’espoir fou de voir un signe ou quelque chose de remarquable qui pourrait nous guider vers un des poissons de nos rêves de toujours….

appât espadonNous prenons quelques magnifiques daurades coryphènes entre 6 et 12 kg en traîne le long d’une très longue ligne flottante mise par un professionnel (celle-ci fait 20 Km, elle est destinée à prendre des daurades coryphènes). Cela nous occupe bien, et ces poissons sont tellement magnifiques, et en plus super bagarreurs. Nous assistons émerveillés à une série de cabrioles incroyables !

Nous pêchons en traîne à environ 6 nœuds, avec des mulets morts montés sur des hameçons simples habillés d’une jupe en plastique. Les lignes sont écartées grâce à des tangons de chaque côté du bateau. Ces dernières pêchent de 10 à 30 mètres derrière le bateau.

Il est 11 heures moins 20 et nous nous assoupissons, bercés par les légers mouvements du bateau, sur cette mer quasiment plate. Il fait au moins 30 degrés à l’ombre, mais avec l’air c’est agréable et nous somnolons….

Julien et le moulinet nous font sursauter ! Je prends la canne et Julien m’annonce que je tiens mon premier client !!! En quelques secondes le moulinet se vide régulièrement et sûrement, je dis à Julien : « Je ne contrôle rien ! » Le temps que Julien, Henry et Vincent remontent toutes les lignes et arrêtent le bateau le poisson a déjà pris 250 mètres de fil, c’est incroyable !

 

Soudain, nous voyons au loin un grand poisson sauter deux fois, un peu comme un gros dauphin !!! Julien annonce « Marlin » ! Je n’en crois pas mes yeux, c’est le poisson que je vois sauter là-bas qui est au bout de ma ligne, je suis abasourdi. Il est au moins à 300 mètres. Je suis pendu à un monstre ! Julien m’explique comment m’y prendre car je n’ai jamais été en combat avec « un tout gros » et ce type de matériel ne m’est pas très familier. Avec la bête qui est au bout, les conditions d’apprentissage ne sont pas optimales !!!

peche a l'espadonC’est le poisson de ma vie, je l’imagine se décrocher, quel cauchemar (j’en ai rêvé la nuit dernière !), garder la ligne tendue à tout prix, le contact : je tire dessus de toutes mes forces.

Julien me dit qu’il est possible que le combat dure 2 heures 30 si le poisson est très combatif et si je m’y prends mal… les marlins sont des forces de la Nature !

 

Au bout de 20 minutes, en sueur, je vois enfin le poisson remonter des profondeurs. Julien n’en croit pas ses yeux : c’est un Espadon voilier géant, il n’en a jamais vu de si gros de toute sa carrière ! J’ai un sourire jusqu’aux oreilles, mais le poisson n’a pas aimé la vision du bateau (ou peut-être mon sourire !) et il repart comme une bombe vers les profondeurs.

A deux fois, quand Henry prendra la double ligne (les derniers 2 mètres) le poisson repartira en rush. Cette fois il est fatigué et Henry réussit à le tenir par le rostre et le monstre se débat dans un flot d’écume le long du bateau.

Il le hisse à l’arrière du bateau et Julien et moi ne sommes pas de trop pour l’aider à l’embarquer : l’Espadon est affreusement lourd. En le mesurant Julien se rend tout de suite compte que c’est un poisson record. Il fait 3 mètres 30 de long avec un tour de taille de plus de 1 mètre ! Tout va ensuite très vite et il faut se dépêcher afin de ne pas asphyxier le poisson pour pouvoir le relacher bien vivant. Nous faisons une séance photo éclair, avant de rendre à ce magnifique poisson sa liberté. Henry le réoxygène un instant avant que nous le voyions repartir vers les grands fonds avec une grande émotion. Le voilà libre !

A peine une heure après, Vincent en prendra un lui aussi, un voilier très gros qui se bagarrera comme il se doit ! Quelles émotions pour le père et le fils !

Le soir Julien nous apprendra suite à ses savants calculs et après avoir consulté ses tablettes une nouvelle extraordinaire… Le poisson pêché par Vincent est estimé à 168 livres : c’est un poisson d’une taille tout à fait exceptionnelle : c’est même la taille du plus gros espadon voilier pêché l’année dernière dans le Club ! Quand à mon géant de voilier, il est estimé à 216 livres (98 kg), il dépasse de 6 livres le record du Monde actuel sur cette taille de ligne (50 lb). C’est même peut-être un des plus gros voiliers jamais pêchés, toutes catégories confondues: nous sommes abasourdis !

Malgré tout, ce poisson ne constituera pas un record officiel car c’est notre ami Julien qui a ferré le poisson (pour homologuer un record, la personne qui ferre le poisson et celle qui le combat doit être la même), en plus nous l’avons relâché (donc notre espadon n’a pas pu être « officiellement » pesé). Ce n’est pas cela qui nous intéresse, c’est avant tout un souvenir INOUBLIABLE.

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