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La pêche au loup ou au bar en Méditerranée

Si la côte atlantique est bien connue pour ses pêches de bars, il est également intéressant de partir à la découverte de la pêche au bar en méditerranée. L’occasion est ici donnée de découvrir une partie de ce littoral avec l’extrême Sud méditerranéen français caractérisé par une côte rocheuse très découpée et située à cheval sur la frontière franco-espagnole. Préparez votre matériel, nous partons pêcher le loup, el llobaro en catalan.

La côte vermeille, une nature sauvage et préservée

Lors de mes débuts à la pêche aux leurres, ce furent les entrées de ports puis les embouchures de fleuves qui furent le théâtre de mes premières prises. Ces premières explorations sont également celles suivies la plupart du temps par de nombreux pêcheurs qui parfois s’y cantonnent par la facilité d’accès des postes à pêcher. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de se rendre à une embouchure lorsque de bonnes conditions de pêche sont réunies pour voir qu’il y a souvent foule. Ce mouvement n’a fait que s’accentuer ces deux dernières années avec l’engouement de la pêche aux leurres, engouement ayant logiquement suivit celui là même connu quelques années plus tôt en Atlantique. La pêche aux leurres pour le bar en Méditerranée est donc récente mais en plein essor. Le pêcheur qui à mon instar à soif de grands espaces, de solitude et de rencontres avec les éléments les plus sauvages d’une nature encore relativement préservée n’aura alors d’autre solution que d’orienter sa quête de l’absolu vers un nouvel espace où en découdre canne à la main.

Ce terrain de jeu, nous avons la chance de l’avoir ici, à portée de lancer si j’ose dire. Il s’agit d’une fabuleuse côte rocheuse s’étirant globalement de la région de Collioure en France jusqu’à Rosas en Espagne pour sa partie pyrénéenne la plus escarpée. En son sein, deux titans rocheux affrontent en permanence les caprices de la mer. Ce sont deux caps. Le plus au Nord est le Cap Cerbère, situé en France en bordure même de la frontière espagnole. Le second, un peu plus au Sud et en Espagne, est le Cap Creus, imposant, pénétrant fort en avant l’espace liquide. Ces lieux sont l’objet de violents et terrifiants affrontements des éléments lorsque les conditions météorologiques se déchaînent. Si vous sortez en mer, n’oubliez jamais cela. En moins de cinq minutes, un vent à plus de 100 km/h peut se lever et transformer votre partie de pêche en un enfer, pensez à votre sécurité avant tout.

Les richesses de la côte vermeille

Banyuls-sur-Mer © Laurent Lacombe – OT de Banyuls-sur-Mer (site guide du routard)

Cette région du piémont pyrénéen oriental est caractérisée par un massif schisteux baigné par les eaux du golfe du Lion. Ce sont les Albères dont la frange littorale est également connue sous le nom de Côte vermeille, côte très découpée comportant quelquefois des falaises d’une centaine de mètres de hauteur faisant face à la mer. Cette conformation du milieu contraste fortement avec les basses plaines sableuses situées juste au nord du massif. La partie française de la Côte vermeille abrite la Réserve naturelle de Banyuls crée en 1974 pour une surface de 650 ha dont 65 ha sont en zone de protection renforcée.

Le mouillage, la pêche et la plongée sont soumises à réglementation au sein de la Réserve et interdites en zone de protection renforcée. Vous pourrez découvrir une partie de son extraordinaire biodiversité et notamment les herbiers de posidonies via le sentier sous-marin situé sur la plage de Peyrefitte : ouvert du 1er juillet au 31 août de 12 h à 18 h, masque et tuba suffisent pour lire les panneaux d’informations immergés sous des bouées.

Préparez vous bien pour pêcher le bar en Méditerranée

Prenez votre lancer et voyagez léger, vous partez traquer el llobaro !

Stéphane

Les montagnes qui se jettent dans la mer offrent un spectacle des plus grandioses, un lieu haut en couleurs où végétation méditerranéenne, rudesse minérale et tons turquoises à bleu nuit de la Méditerranée contrastent en un tableau naturel saisissant. De Matisse à Dali, nombre de peintres s’y arrêtèrent en vue d’y trouver l’inspiration, certains s’y installant définitivement.

Mais pour nous, cannes et chaussures remplaceront pinceaux et toiles, le pêcheur devenant acteur à la recherche de ce qui peut bien hanter une frange côtière si découpée, parfois tourmentée. Randonnée et pêche deviennent synonymes de découverte et d’évasion, l’occasion de laisser derrière soi petits tracas et vicissitudes de la vie quotidienne. La pêche aux leurres à pieds du bord est alors un prétexte tout trouvé et accessible à tous pour découvrir, via l’intérieur des terres, un potentiel halieutique intéressant. Equipé d’un sac à dos robuste et étanche, eau et nourriture seront chargées pour une journée intense et physique de prospections.

Pour les plus aventureux, le duvet peut être de mise en vue de pousser plus en avant son exploration et tenter une pêche de nuit pour les plus acharnés. Ainsi, si votre condition physique vous permet de crapahuter de nombreuses heures sur la roche, n’oubliez pas de prendre avec vous deux cannes afin de tenter de faire face à toutes les situations :

  • un lancer léger d’une puissance de 16-20 Lbs
  • un lancer plus robuste de 30-40 Lbs.

Gardez également en mémoire que le schiste est la roche la plus fréquente, abrasive et coupante comme un rasoir. De couleur relativement foncée à noire, il devient vite très glissant, avec l’augmentation des températures de l’eau, par la prolifération des algues qui s’y développent. Prévoyez donc des semelles résistantes et antidérapantes.

Cette observation doit en permanence vous rappeler qu’il est déconseillé de marcher, et encore moins de sauter, sur les roches noires immergées : préférez les teintes claires autant que faire se peut pour y poser les pieds, même si cela doit vous conduire à davantage vous mouiller. Cette précaution pourra vous évitez, au mieux, de vous fouler une cheville. Par ailleurs, le schiste étant une roche sédimentaire en plaque, évitez le plus possible les passages délicats au dessus d’un vide dangereux : cette roche est très friable et les actions répétées des écarts de température et d’humidité font qu’elle se délite parfois de façon bien inattendue, un bloc entier pouvant céder sous votre poids.

Vous êtes maintenant averti et prêt pour le départ et les espaces qui s’offrent à votre soif de pêche sont considérables : il est en effet possible en certains lieux de la côte rocheuse de marcher une journée entière sans traverser le moindre village, comme c’est notamment la cas au sein du Parc naturel du Cap de Creus en Espagne. Ici plus qu’ailleurs, les seuls spectateurs admirant votre technique de lancer seront peut être les vaches catalanes broutant paisiblement à proximité d’un flanc de falaise : comme « le street fishing » nous venant du pays du Soleil levant semble ici encore plus que jamais aux antipodes ! Par contre et pour reprendre une autre expression anglo-saxonne, le « power fishing » trouvera toute sa mesure et n’aura pour limite que votre propre condition physique. Vous aurez en effet tout le loisir de pêcher le maximum de surface de façon à trouver les endroits où le poisson est actif.

Les saisons pour pêcher le poisson en Méditerranée

La côte rocheuse catalane est très intéressante à pêcher aux leurres dans la mesure où il est possible d’y pratiquer sa passion toute l’année par la diversité halieutique rencontrée.

La pêche sur la période hivernale, de janvier à mars

Pour les mois de janvier à mars, abstenez vous de lancer vos leurres en certains lieux situés non loin d’une zone de reproduction de notre cher labrax : période de repos biologique oblige ! Cette précaution prise, vous pourrez alors rechercher sars communs et oblades aux leurres. Mars est une période charnière : si les sars se « mettent à trou » pour la reproduction, loups et oblades commencent à revenir hanter plus ou moins tard dans le mois les bords de côtes en fonction des années et de la température de l’eau.

Focus sur l’Oblade

source wikipédia
Lamiot, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Poisson très présent en côte rocheuse, l’oblade appartient à la famille des sparidés regroupant également et entre autre les espèces de sars et de daurades. L’oblade se rencontre cependant plus facilement en pleine eau où elle peut constituer d’important bancs de plusieurs centaines de spécimens, voire milliers d’individus vers la fin du printemps et au milieu de l’automne. Ces bancs se rapprochent du bord par jour de grand vent et leur chasses ne passent pas facilement inaperçues : les goélands tournoyant au dessus des bancs sans se poser trahissent la présence de ces poissons. Pour les pêcher, utilisez une petit stickbait coulant de 8-10 cm qui deviendra très vite l’objet de toutes les convoitises. Les oblades étant très voraces, sachez rester raisonnable dans vos prélèvements afin que la partie de pêche ne tourne pas à l’hécatombe. Lorsqu’elles sont affamées, même un gros slider destiné au loup se fera intercepter.

Le potentiel halieutique sur ces côtes rocheuses est des plus excitant, chaque partie de pêche étant une nouvelle aventure.

Stéphane

En Avril, c’est le début de saison pour pêcher le bar ou le loup

C’est cependant le mois d’avril qui sonne véritablement le début de la pêche aux leurres avec le retour marqué et vraiment peu discret de bancs de milliers d’oblades. Il semble que ces dernières années aient vu les effectifs de cette espèce considérablement augmenter. Voraces et combatives, il sera intéressant de les combattre sur ligne fine lorsque le vent se lève. Dans leur sillage naviguent les loups. Lorsqu’ils sont bien présents sur zone, vous pourrez remarquer que les oblades sont localement moins nombreuses. Enfin, les grands bancs de poissons finissent toujours par attirer à plus ou moins brèves échéances de grands prédateurs. En début de saison, ce seront les sérioles qui pourront avec de la chance croiser votre leurre. Et de la chance, il vous en faudra pour espérer sortir du bord un joli spécimen mais attention : équipement de circonstance obligatoire !

En Mai – Juin les gros Bar arrivent sur les côtes rocheuses de la Méditerranée

Fin mai et juin seront à privilégier pour celui qui cherchera quelques loups de belles tailles alors que juillet marquera un ralentissement de l’activité halieutique avec une hausse des températures de l’eau s’accompagnant parallèlement d’un accroissement des activités humaines liées à la saison touristique.

En Août, la nourriture abondante attire les migrateurs pélagiques

Le mois d’août marque l’arrivée des migrateurs pélagiques avec entre autre la présence des daurades coryphènes et des bonites. A l’occasion, les petits thons rouges se rapprochent également du bord si la nourriture y est abondante. Pour espérer se retrouver attelé du bord à l’une de ces espèces, il faut choisir un endroit situé face au grand large, environné de tombants vertigineux avec la présence de grands fonds à proximité. Cependant et sans vouloir vous décourager, l’opportunité de croiser du bord de tels poissons reste relativement anecdotique, ne serait-ce que parce que ces derniers parcourent de grandes distances en peu de temps.

Septembre – décembre, la meilleure période pour pêcher le bar ou le loup en Méditerranée

Enfin, septembre à décembre marque la pleine période de la pêche aux loups avec son paroxysme en octobre : ce sera le moment ou jamais de tenter de prendre le spécimen record de l’année.

Astuces : Les teintes de leurres les plus polyvalentes seront dans les tons clairs ou reprendront les couleurs dominantes de la zone prospectée.

Stéphane

Pêcher le bar en méditerranée, tout un art !

Pêchez juste et précis, là est une des clefs de la réussite.

Stéphane

Avant toute chose, il semble bon de rappeler que les roches noires et schisteuses sont celles qui se réchauffent le plus rapidement en début de saison. A l’inverse, les filons calcaires blanchâtres resteront toujours plus frais même au plein cœur de l’été. Il est ainsi intéressant de prospecter les étendues d’eau recouvrant l’une ou l’autre de ces étendues rocheuses de façon à localiser où se tiennent les poissons actifs. Par exemple et concernant le loup, pour des températures de l’eau encore relativement fraîches, je privilégie un substrat foncé alors que je recherche de prime abord un fond plus clair lorsque l’eau atteint ou dépasse les 20°C.

La clarté de l’eau des milieux rocheux impose une approche discrète lorsqu’il s’agit de piéger le loup aux leurres. Il est vrai qu’une houle d’Est, ou bien des vagues cassantes soulevées par un vent de terre relativement fort, favoriseront l’approche. Dans votre stratégie de prospection, favorisez autant que faire se peut les parties où le flot est le plus agité. Ce n’est pas toujours facile car bien souvent, ces zones seront celles où vous devrez lancer face au vent et, lorsqu’il est fort, cela deviendra vite compliqué voire dangereux. Une bombette de 50 g suivi d’un leurre souple monté sur un bas de ligne en fluorocarbone d’environ un mètre pourront alors parfois être votre seul recours. N’oubliez également pas les jigs et les jigs minnow : robustes, ils permettent de lancer loin et de pêcher à différentes hauteurs d’eau dans des courants pouvant être très soutenus.

Si par gros temps lancer loin s’avère quelquefois payant et sécurisant pour garder ses distances face aux déferlantes, il ne faut jamais oublier qu’en Méditerranée, il faut surtout savoir lancer juste et précis dès que le temps se calme. Le pêcheur doit en effet pouvoir « poser » à quelques dizaines de mètres à peine un leurre sur une bande d’environ un mètre du bord de la roche, celle là même où l’écume est la plus marquée : c’est parfois à l’impact du leurre ou seulement quelques secondes plus tard qu’il se fera alors « sanctionner » si l’animation est bonne. Recherchez la moindre zones de courants, la moindre surface d’eau quelque peu blanchie par le flot : une approche discrète et un premier lancer précis pourront vous sauver la mise pour des conditions de pêche difficiles.

Astuces : Par temps calme et eau claire, n’hésitez pas à utiliser de très petits leurres montés sur fil nylon 22 centièmes.

Stéphane

De même, n’oubliez pas d’animer jusqu’au bout votre leurre et ne soyez surtout pas pressé de le sortir de l’eau. En fin de course, pensez à le ralentir car il arrive que les loups suivent jusqu’au bord le leurre, ne se décidant à l’attaquer que le ventre sur la roche !

Conclusion

Vous disposez maintenant d’un avant goût de ce qui vous attend en terre catalane, pays de chaleur et de lumière, de ces couleurs chaudes « Sang et Or » qui se retrouvent jusque dans le drapeau même du pays, sur fond de bleu pour le pêcheur qui partira à sa découverte canne à la main.