Pêche au bar » récit de notre séjour de pêche à sette cama au Gabon

récit de notre séjour de pêche à sette cama au Gabon

Nous arrivons enfin, ma femme et moi-même, après deux jours de voyage au Camp de SETTE CAMA « Missala Lodge » , niché au cœur de la forêt équatoriale et coincé sur une bande de sable entre lagune et océan atlantique. Cette zone humide est un spot de pêche réputé au Gabon. Le site est magnifique : des arbres immenses, la nature à l’état brut …!!! Le pied à peine posé sur le ponton, Piam, qui est de passage, nous emmène voir un troupeau d’éléphants à quelques mètres du camp et là dans la pénombre nous voyons nos premiers éléphants sauvages dans leur milieu naturel : dépaysement assuré !

Une première expérience de pêche exotique au Gabon

L’accueil est très chaleureux, que ce soit le personnel local ou les pêcheurs déjà sur place : nous avons très vite l’impression d’être chez nous. Nous nous installons dans notre case, au confort sommaire mais suffisant, heureux d’être enfin là .

C’est ma première expérience de pêche exotique et j’ai beaucoup à apprendre…heureusement les pêcheurs sur place se chargent, avec beaucoup de gentillesse , de mon éducation. Grâce à ces précieux conseils j’arrive à titiller un belle carangue au popper. Ce spécimen, joueuse à souhait, m’a fait faire deux fois le tour du bateau avec un intérêt non dissimulé pour les moteurs jusqu’à ce que Robert me dise d’un ton péremptoire : « le patron c’est TOI, ce n’est pas le poisson !!! ». Ok, j’ai compris : ici pas de place pour finasser, le poisson doit être bridé et amené rapidement au bateau pour être décroché et remis à l’eau dans les meilleures conditions.

J’ai vite compris le truc et les captures s’enchaînent, mais quels beaux poissons combatifs que sont les carangues et les barracudas.
Parallèlement à la pêche au Gabon, c’est un émerveillement de tous les jours que de voir éléphants, buffles, singes et hippopotames, oiseaux divers, dans ce cadre magnifique, cette Afrique sauvage et encore préservée mais pour combien de temps encore… je l’espère le plus longtemps possible pour les nouveaux arrivants !

Nous sommes à la calée et après quelques carangues, mes compagnons de pêche qui sont Georges, dit Jojo, et Franck, commencent à enchaîner les prises de carpes rouges alors que, pour ma part, j’ai l’impression de lancer dans ma baignoire car je n’ai pas la moindre touche. Je change de leurre et met un Vitalla, et toujours rien ; pendant ce temps Jojo touche un tarpon qui se décroche après quelques minutes de combat. Je reprends espoir et lance avec une énergie redoublée, et c’est au tour de Franck de toucher un gros poisson qui file tout droit dans l’océan et qui finira par casser (sans doute une très grosse carpe rouge).

Je reprends mes lancers et là un toc puissant au bout de la canne : je viens de toucher mon premier tarpon . Départ canon, il saute et retombe sur la tresse et la casse net…Je refaits un montage et pendant ce temps mes compagnons font un festival de carpe rouges ; je me remets enfin à pêcher et au bout d’une demi-heure je touche un deuxième tarpon qui se décroche au premier saut , non sans m’avoir presque vidé le Saltiga 4500. Retour au camp quelque peu dépité par cette soirée !

Débriefing au camp lors de l’apéro : premier constat, Mac, le guide local, me dit que je ne ferre pas le poisson, ce qui est vrai, et Jojo, ainsi que Franck, me disent que le Saltiga 4500 en 60lbs est trop léger pour la calée de nuit. La pêche au Gabon ne s’improvise pas

revigoré par une nuit de sommeil et par les conseils des pêcheurs locaux, je repars à la pêche

Dès le lendemain matin, fort du constat de la veille, je monte sur ma Tenryu double détente, le penn 950ssm, avec 450 mètres de tresse 80 lbs , et je fais quelques lancers d’essai du ponton du camp et là heureuse surprise, non seulement l’ensemble n’est pas trop lourd à manier, mais surtout je gagne une grosse dizaine de mètres en distance de lancer.

Mac me rejoint sur le ponton et me dit « Sylvain, je veux te faire prendre un gros poisson ce soir… ».

Mac

Pour la petite histoire, Yasmine, l’aide-cuisinière du camp, a pris Fanny, mon épouse, à part et lui a dit : « J’ai prié pour Sylvain et la petite canne rouge, et ce soir il va attraper un gros poisson… ». C’est l’Afrique et ses mystères…« Petite canne rouge » car ma Tenryu paraissait frêle par rapport aux cannes des autres pêcheurs du camp…Le soir, c’est plein d’espoir que je repars à la calée en compagnie de ma femme, Jojo, Franck et Mac, sur le bateau de 11 mètres. Après les inévitables carangues du coup du soir , la nuit tombe avec, comme tous les soirs, un coucher de soleil magnifique !

Comme toujours Jojo et Franck prendront des carpes rouges, et pas moi ; la seule que j’ai touchée durant le séjour, s’est décrochée en arrivant au bateau !!! Puis il y a eu un moment de calme : plus de touches, mais pourtant les tarpons sont là, nous les voyons chasser dans les vagues, mais rien n’y fait, ni Plug ni Big-nose ni Vitalla ne les intéressent ; Franck me demande si je n’ai pas une cuillère et je lui réponds par l’affirmative : je monte une Raider 85g.

la pêche au gros au Gabon

Je fais quelques lancers et soudain je ressens une lourdeur au bout de la canne ; je ferre fortement, plus par acquis de conscience que par conviction d’avoir une touche, et la un soudain déchaînement de force pure fait plier ma canne et hurler le moulinet.
Je me cramponne avec l’énergie du désespoir à ma canne, Franck me rattrape de justesse, sinon je passais par-dessus bord !!!
Le moulinet se vide à une vitesse ahurissante et je ne peux rien faire, si ce n’est m’arquebouter à ma canne ; le talon me meurtrit l’aine et je demande à Fanny de me mettre mon baudrier, ce qui ne fût pas une mince affaire !

Un coup de frontale sur le moulinet pour voir le niveau de la tresse dans la bobine et Franck s’aperçoit qu’ il fume et se précipite sur une bouteille d’eau pour l’arroser et Fanny prendra le relais à plusieurs reprises durant le combat pour faire de même. Le tarpon a déjà pris 200 mètres de fil lorsqu’il s’arrête et Jojo me demande d’assurer le ferrage, ce que je fais, et à nouveau déchaînement à l’autre bout de la tresse et en plusieurs rushs il va prendre encore 200 mètres de tresse : il a franchi la passe et il a gagné l’océan.

La partie est mal engagée et Mac n’arrête pas de dire : « on est mal, on est mal ! ». Heureusement que Jojo est là pour me remonter le moral : tu vas y arriver mon petit loup !!…Je décide d’aller à l’arrière du bateau pour pouvoir mieux combattre ce sous-marin, le passage de l’avant à l’arrière fût épique entre les vagues et le tarpon qui continuait à tirer comme une brute ; là encore merci Fanny, Franck, Jojo et Mac qui m’évitèrent un plongeon non désiré dans la passe.

Franck demande à Mac si on ne peut pas lever l’ancre et aller finir le combat sur la plage, mais le tarpon a fait riper le bateau sur son ancre sur plus de 100 mètres et le passage vers la plage est barré par les bateaux de l’autre camp de pêche qui sont eux aussi ancrés dans la passe. J’en profite ici pour les remercier de leur sportivité car ils ont arrêté de pêcher durant tout le combat pour ne pas me gêner.
Il va donc falloir le combattre jusqu’au bout du bateau, il ne me reste plus qu’une cinquantaine de mètres de tresse sur le moulinet et mon adversaire n’a pas l’intention de me faciliter les choses !

J’ai les bras tétanisés et les reins en compote et pourtant il faut essayer de pomper ce tarpon, et pendant une demi-heure nous avons joué à qui perd gagne : je lui prends 5 mètres, il m’en prend 10 et je lui en prends 10 et lui 5, et ainsi de suite, et là ce fût pour moi un grand moment de solitude où le doute m’envahit ; sans les encouragements et plaisanteries amicales de mes compagnons et de mon épouse, ainsi que l’aide de Jojo qui me tenait la canne de temps en temps pour pouvoir me décontracter les bras, je ne suis pas sûr que j’aurais pu mener ce combat à son terme.

Puis, petit à petit, j’ai réussi à lui reprendre du fil et à mieux contrer ses rushs. Ce tarpon n’a jamais sauté. Il n’y a jamais eu le moindre mou sur la tresse. Jusqu’au bout il m’aura opposé une résistance farouche ! Au bout d’une heure et quart de lutte , il est arrivé à une cinquantaine de mètres du bateau et c’est avec l’énergie du désespoir qu’il m’a fallu éviter qu’il n’aille s’enrouler autour des cordages des ancres des autres bateaux, ce qu’il avait pourtant bien l’intention de faire. C’est à ce moment que Mac m’annonce que je dois repartir à l’avant du bateau pour qu’il puisse gaffer le tarpon, et de nouveau retraversée épique avec au bout de la canne un poisson qui n’avait qu’une seule envie : que je le rejoigne dans l’eau !! Derniers tours de manivelle et il est enfin là : gigantesque contre le bateau, avec un oeil énorme qui brille à la lueur des frontales. Mac s’empare de la double ligne et commence à asséner de violents coups sur la tête du tarpon ; « je lui donne sa médecine », me dit-il, puis avec l’aide de Jojo ils le hissent non sans peine dans le bateau. Je peux enfin ouvrir le pick-up. Je suis épuisé, j’embrasse tout le monde à bord et les remercie encore car ce poisson est bel et bien un tarpon collectif !!!
Puis je le contemple, larmes aux yeux : quel magnifique poisson et quel combat… Le poisson de ma vie !!!

De retour au camp, où tout le personnel rassemblé sur le ponton était là pour nous accueillir, j’avais encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer ….Photos de circonstance, douche et tournées générales pour fêter ce magnifique tarpon !!!

Le lendemain, après les photos, nous avons le grand plaisir d’accompagner Paco (autre guide de pêche) au village de SETTE CAMA, et ce pour offrir le tarpon aux villageois.